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Touché! Coulé!

Pourquoi certaines personnes ont peur de contact physique


« Toucher » voilà un verbe psychomoteur. Quand on ne peut pas toucher quelqu`un physiquement, on ne peut pas atteindre la personne psychologiquement non plus, parait-il.


« Notre façon à nous engager dans le toucher physique, qu'il s'agisse d`une simple tape dans le dos ou de s`enlacer avec un ami, provient souvent des expériences de notre petite enfance », explique Suzanne Degges-White, professeure de suivi psychologique du Northern Illinois University. Une étude publiée en 2012 dans Comprehensive Psychology a révélé que les personnes qui ont été élevées par des parents qui étaient des « câlineurs fréquents » étaient plus susceptibles d'être des câlineurs eux-mêmes une fois à l'âge adulte. L'étude a conclu que « le câlin est un élément important dans l'éducation émotionnelle d'un enfant ». Comme le disait Virginie Satir, fameuse thérapeute de famille du siècle dernier :

« Nous avons besoin de 4 câlins par jour pour survivre. De 8 câlins par jour pour vivre. Nous avons besoin de 12 câlins par jour pour évoluer ». Bien vu, Mme Satir !


Inversement, pour les enfants élevés par les non-câlineurs, Degges-White dit, la pensée même de câlins pourrait les rendre mal à l'aise. Ce mode opératoire est souvent reproduit par les personnes élevées ainsi avec leurs propres enfants une fois qu`ils deviennent eux-mêmes parents.


Pourtant, il y a aussi des cas où grandir sans toucher physique peut effectivement avoir l'effet inverse. « Certains enfants grandissent et se sentent « affamés » pour le toucher et deviennent des « câlineurs sociaux » qui ne peuvent pas saluer un ami sans une étreinte ou une touche sur l'épaule, » dit Degges-White. Cela peut être vous a fait penser à un de vos amis, ce gentil gars débordant d`affection, qui marche tout le temps sur vos pieds ? 😊


Vous avez compris, que vous ayez grandi dans une famille qui a toujours été très câline ou vous ayez été élevé dans un environnement qui manquait de toucher, ces facteurs ont un impact physiologique et psychologique durable. Tant pis ou tant mieux !


Darcia Narvaez, professeur de psychologie à l'Université de Notre-Dame, dit qu'il y a deux façons principales dont le manque de toucher peut affecter un corps en croissance : il peut conduire à un nerf vague sous-développé, un faisceau de nerfs qui va de la moelle épinière à l’abdomen, et qui selon la recherche peut diminuer la capacité des gens à être intime ou compatissant. Cela peut egalement avoir comme conséquence un sous-développement de l`hypophyse, la glande qui secrète l`ocytocine. L`ocytocine - cette hormone magique qui aide les mammifères à former des liens avec les siens, et qui est libérée en quantités importantes lors d`un accouchement. On a tous vu la vidéo de la jeune maman chienne qui adopte un chaton et l`élève comme son propre enfant. C`est justement l`ocytocine qui en est responsable !


Pour preuve, Narvaez cite un groupe d'orphelins roumains, qui ont été au centre d'une étude datant de 2014 sur l'impact durable de la négligence physique sur les cerveaux en développement. Les orphelins roumains, qui ont été adoptés avaient des systèmes d'ocytocine défectueux, selon l'étude. « Ils ont à peine été touchés à l'orphelinat et n'ont donc pas montré l'augmentation de l'ocytocine — « l'hormone du câlin », une fois assis sur les genoux de leurs parents adoptifs ; en opposition aux enfants qui ont grandis dans les familles unies », explique Narvaez.


L'estime de soi et les problèmes liés à l`image de soi peuvent également jouer un rôle dans les craintes du toucher. « Les gens qui sont plus ouverts au contact physique avec les autres ont généralement des niveaux plus élevés de confiance en soi, » dit Degges-White. « Les gens qui ont des niveaux plus élevés d'anxiété sociale, en général, peuvent hésiter à s'engager dans des contacts affectueux avec les autres, y compris les amis. » Et la peur de quelqu'un qui nous « tend la main » — au sens propre comme figuré — peut aggraver cet inconfort, prévient-elle.


Il y a aussi une composante culturelle vis-à-vis des câlins. Les gens aux États-Unis et en Angleterre touchent beaucoup moins souvent que les gens en France ou à Porto Rico, selon une étude de 2010 par le Greater Good Science Center à l'UC Berkeley. Je vous laisse imaginer ce qu’un gros câlin bien affectueux peut faire à un inconnu japonais…


Que faire face à ceux qui évitent le toucher ?


L'Emily Post Institute suggère d`éviter le toucher social quelconque si vous ne connaissez pas bien la personne. La raison en est simple : bien que vous soyez à l'aise avec cela, tout le monde ne l`est pas.


Observez le langage corporel de la personne. Les signes que donnent les non-huggers sont difficiles à manquer. Si vous rentrez dans l`espace intime de la personne (le distance du bras tendu) et remarquez une grimace ou un regard d'horreur dans les yeux de la personne, vous pourriez envisager d'interrompre la mission, et faire un pas en arrière. Ou encore vous mettre un peu sur le côté pour ne pas être trop « confrontal ».


Samantha Hess, une « câlineuse professionnelle », et fondatrice d'un service basé à Portland, enseigne aux gens comment apprécier le toucher platonique. J`adore son métier, ils recrutent ?! Bref, Mme Hess nous dit qu'il est important d'être conscient des indices des autres : « Tout le monde a le droit de contrôler ce qui arrive dans leur espace vital … Beaucoup de nos clients ne sont même pas à l`aise avec une poignée de main au début de notre travail."


Si votre partenaire de vie n`est pas à l’aise avec les caresses, vous pouvez probablement envisager de dessiner une « carte de toucher ». Sur un simple dessin d`une silhouette humaine, votre chéri(e) peut indiquer les zones « OK » en vert, les « A VOIR » en jaune, et les grands « NON » en rouge, par exemple. Puis au fur et à mesure de l’évolution de votre relation vous pouvez travailler ensemble, à votre propre rythme par l`exposition graduelle à la caresse et re-tester de temps en temps les réactions. Il est important de mettre le bien-être de votre partenaire au-dessus de votre envie de précipitation, si elle a lieu. En gagnant en confiance en vous et en votre relation, la personne gagnera en confiance en elle, et éventuellement pourra prendre plaisir de se poser tranquillement et en toute sérénité dans vos bras, se laisser faire tout naturellement. Degges-White nous dit : « On peut très bien se retrouver accablé de soulagement, de gratitude, de surprise, d'acceptation et même de regret de s`être enfermé si longtemps ».


Les bienfaits inattendus des câlins


En plus de la sensation du bienêtre et du confort d`appartenance, il y a une autre raison très réelle d'essayer les câlins : ils peuvent vous rendre moins susceptibles de tomber malade !!! A faire en guise de prévention, s`il vous plait, pas une fois que vous êtes au milieu d`une queue de 20 personnes à la pharmacie !

Dans une étude de 2015, des chercheurs de l'Université Carnegie Mellon ont examiné les effets que les câlins et d'autres formes d'affection pouvaient avoir sur le système immunitaire. Plus précisément, les chercheurs voulaient savoir si les personnes qui se sentaient aimées étaient moins sensibles au rhume, et elles l'étaient : 32 % de ce coup de pouce immunitaire provenait des bienfaits des câlins ! « Ceux qui reçoivent plus de câlins sont plus protégés contre l'infection », conclut l'étude.

Je vous laisse avec cette citation de John Varley : « La seule façon de toucher un ange, c`est de le percuter à grande vitesse »…



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