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Être thérapeute.


Cet article du blog va être différent. Il est différent. Dans la mesure où le thérapeute n'a pas l'habitude de se découvrir, la thérapie étant centrée sur la personne, sur le patient.

Malgré toute attente, je vous invite aujourd'hui, si vous le voulez bien, à faire un petit voyage dans mon monde de thérapeute. Détendez-vous, je n'ai pas la prétention de décrire la globalité des sujets relatifs à la pratique thérapeutique. Ceci n`est qu`une fenêtre vers une partie de ma perception personnelle de ce que cela engendre d'être thérapeute. Toujours partants ? Alors allons-y !


D`origine russe, j`ai été formée en tant que psychothérapeute à Hong Kong et en Australie. Et j`ai eu de la chance d'approfondir mes connaissances en France. Après des années de gestion d`une école internationale, d`écriture d'articles pour la rubrique parentalité d`un magazine adressé aux expatriés et d`enseignement du yoga pour femmes, je me suis tournée vers ce nouveau chemin. Le chemin du thérapeute.


Avais-je besoin de me sentir utile ? Peut-être…

Essayais-je de me guérir en accompagnant les autres sur leur propre chemin de la guérison ? Surement…


Voyez-vous, le thérapeute se verra souvent dans votre mal-être. Il arrive parfois que la frontière entre l'empathie et le contre-transfert s'efface, donne des failles. Savez-vous de quoi il s'agit ici ? Une petite parenthèse au cas où ces notions vous sont inconnues :


L'empathie est la capacité à ressentir les émotions de l'autre, arriver à se mettre à la place d`autrui. Nous distinguons deux facettes à l`empathie. L`empathie cognitive consiste à comprendre les idées d'un autre et l'empathie émotionnelle à partager ses sentiments, ses émotions.


Quant au contre-transfert, il désigne l'ensemble des réactions affectives conscientes ou inconscientes du thérapeute envers son patient.


Imaginons, vous êtes ma patiente et vous me parlez des problèmes rencontrés dans la relation avec votre ado. Quand je suis dans l'empathie, je me mets à votre place, je vous entends, j'arrive à me connecter à votre ressenti, je comprends et valide la nature des pensées qui traversent votre esprit.


Par contre, quand je suis dans le contre-transfert, je suis submergée par mes propres soucis avec mon enfant. Ce que vous amenez en session révèle ma propre douleur, mon propre combat en tant que mère. En vous aidant, j`ai l`impression de m'aider en parallèle.

A ce moment précis vous avez le droit d`être indignés et de vous exclamer : ‘Comment ça, le thérapeute n'est-il pas toujours neutre ?!’ Si, si ! Aussi neutre qu'un être humain avec toutes ses belles imperfections accompagnant un autre être humain avec toutes ses belles imperfections. Soyons clairs, nous ne sommes que des émetteurs / récepteurs sans cesse en réaction à ce qu’émet / renvoie l’autre, ce qui, par conséquent, nous amène vers l'illustration de notre propre fonctionnement.


Par ailleurs, si vous ressentez que quelque chose cloche pour vous avec tel ou tel thérapeute, vous avez plusieurs choix.


Dans un premier temps, essayez d'analyser et de comprendre la raison pour laquelle ce thérapeute provoque certaines sensations que vous-mêmes jugez indésirables ou inutiles.

Je vous donne un exemple. Il m'est arrivé de consulter une personne qui souffrait des exigences trop élevées envers elle-même et envers les autres. Contrôle et perfection, bienvenue au club ! Toute cette pression est devenue tellement insupportable qu'elle décide d'entamer la thérapie avec moi. N`ayant pas eu de résultats correspondants à ses attentes au bout de deux sessions, elle a disparu de la circulation. Nom d`un caniche !

Appliquant un petit exercice de transfert - contre transfert et prise de conscience on aurait pu aboutir à des résultats positifs, j'en suis persuadée. Cela aurait pu marcher (et pas que sur un malentendu), mais bon, tant pis pour cette fois-ci !


Cela nous amène à l’option numéro 2 : Courage, fuyions ! Plus sérieusement, vous avez tout à fait le droit de changer de thérapeute si vous sentez que vous ne serez pas en mesure de construire une relation thérapeutique solide avec votre accompagnateur actuel.

Figurez-vous que la relation thérapeutique joue un rôle fondamental dans le succès de la thérapie. Pas le parcours universitaire du professionnel qui vous accompagne, ni les outils thérapeutiques qu'il utilise, ni le nombre impressionnant de livres qui écrasent ses étagères, mais la relation entre vous et votre thérapeute ! Pas étonnant, toute forme de psychothérapie est étroitement associée à la relation interpersonnelle qui se construit entre l'accompagnateur et le patient. Selon la qualité de la relation établie entre les deux parties, l'intervention sera plus ou moins efficace. A vous de choisir !


Voici quelques exemples concrets de la façon dont le thérapeute vous accompagne :


Le thérapeute guide, il peut tout simplement répéter ce que vous venez de dire. Entendre vos propres propos sortant de la bouche de l'autre et prenant forme ainsi, peut amener vers une prise de conscience de vos maux, de vos luttes, de vos angles morts.

Le thérapeute peut vous aider à mettre le doigt sur vos distorsions cognitives. Vous me dites : ‘Il pleut toujours à Londres’. Je vous réponds : ‘J`ai cru y aller une dizaine de fois… Mais comme il ne pleuvait pas, j'imagine je me suis carrément trompée de pays’.


Généralement, le thérapeute ne partage pas les détails de sa vie intime. S`il a besoin de placer une information jugée utile, il donnera en exemple ‘un autre patient’, ‘une amie’. J`ai une armée d'amis avec des fonctionnements pathologiques différents que je ne prive pas de ressortir selon les besoins du moment.


Le thérapeute ne donnera pas de conseil direct. Premièrement, parce que parfois il n'a aucune idée de ce qui est bon pour vous. Il est vrai, aucun manuel de psy ne dit : ‘Pour Roger, 70 ans, il vaut mieux qu`il divorce de Francine’. Et dans un deuxième temps, il est tellement plus facile d'appliquer ce que vous avez choisi par vous-mêmes, pour vous, dans votre problématique d`aujourd’hui. J'avoue que parfois on vous fait croire que c`est vous qui choisissez, mais c’est pour votre mieux, soyez-en assurés !


Le thérapeute n`est pas dans le jugement. Dans ma formation universitaire j`ai entendu : ‘Si vous aviez eu le même vécu, si vous aviez traversé les mêmes épreuves que la personne qui se trouve en face, vous auriez eu les mêmes comportements, les mêmes réactions’. Franchement, avoir appris cela permet d'éviter le jugement. De plus, comme n`importe quel être humain qui se respecte, les thérapeutes n'ont pas toujours le casier ( j’omets ‘judiciaire’ volontairement) vide.


Bien évidemment, le thérapeute se forme et approfondi ses connaissances en permanence. La pratique de la psychothérapie évolue sans cesse. La recherche met en évidence constamment de nouveaux outils qui se révèlent être efficaces pour un nombre de problématiques. Ainsi nous observons, pas sans excitation, l`évolution des thérapies cognitivo - comportementales, par exemple. Du behaviorisme pur et dur vers l`inclusion des cognitions, et plus récemment encore vers l'incorporation des concepts de la méta – cognition, de l`acceptation, de la spiritualité et de la pleine conscience.


Mais avant tout, le thérapeute garde un espace sécurisant et bienveillant pour vous. Un espace dans lequel vous mettez en place des changements importants qui vous permettent de transformer votre vie, à votre propre rythme.


Et n`oubliez pas, chaque thérapeute est aussi unique que chacun de ses patients.

H-e-u-r-e-s-e-m-e-n-t !







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